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Mémoire au comité sénatorial permanent des transports et des communications

dans le cadre de l’étude du Comité au sujet des médias canadiens d’actualité

par

Médias Transcontinental inc.
Le 30 octobre 2003
Madame la présidente du Comité sénatorial permanent des transports et des communications,

Mesdames et messieurs les sénateurs membres du Comité, Mesdames et messieurs,

Permettez que je commence par deux remarques préliminaires.

La première pour vous dire à quel point votre consultation sur la situation actuelle de l’industrie des médias au Canada est pertinente. Chez Médias Transcontinental, un joueur émergent de l’industrie, nous sommes heureux de participer au débat et, nous l’espérons, de l’enrichir de notre expérience d’éditeur et de quatrième groupe de presse écrite au pays.


Ma deuxième remarque a trait à l’esprit de notre présentation. Nous allons annoncer nos couleurs clairement sur les grands sujets qui intéressent votre comité. Mais nous allons le faire de façon générale, en posant simplement les principes et les balises, et ce, dans le but de préparer et de faciliter les échanges subséquents avec les membres du Comité.



André Préfontaine en conversation avec le sénateur conservateur B. Alasdair Graham, avant son témoignage.



André Préfontaine avec le sénateur Joseph Day.



Photos : Simon Hayter

Notre crédo

Dans cet esprit, en guise d’introduction, j’aimerais d’abord vous faire part du crédo partagé par la direction de Médias Transcontinental et de sa société-mère, Transcontinental inc., ainsi que par notre équipe de journalistes à travers le Canada travaillant au sein de nos 11 quotidiens, de nos 128 publications à périodicité variable, dont 74 hebdomadaires, de nos 37 magazines et de nos portails. Il se lit comme suit :

À titre d’entreprise de presse, Médias Transcontinental croit fermement que l’information factuelle, vérifiable, quantifiable, est au cœur de l’activité, et du succès, de toutes ses publications. Pour nous, l’information n’est pas un simple produit. Elle engage la responsabilité sociale de l’entreprise de presse et, par sa qualité, elle contribue directement à la santé de la démocratie.

Le trait marquant de notre culture d’entreprise, c’est en effet notre volonté de fournir à nos lecteurs une information de qualité. Cette volonté, j’ose le dire, est à la base de notre succès commercial. Chez Transcontinental, nous croyons en un principe bien simple : la bonne information se traduit par une bonne santé financière qui, à son tour, soutient une croissance nécessaire.

Ainsi, c’est grâce à sa capacité financière que Transcontinental a pu, en 2002, conclure la plus importante acquisition de son histoire, soit celle des 12 journaux locaux et régionaux de CanWest, dont 10 quotidiens, et de leurs publications connexes, dans les provinces de l’Atlantique et en Saskatchewan, pour une contrepartie de 261 millions de dollars.

Cette transaction a renforcé notre position comme quatrième groupe de presse écrite au Canada avec des revenus qui atteindront 500 millions de dollars en 2003, et de second éditeur au pays de journaux locaux et régionaux. Elle a aussi permis à ces journaux, et à leurs équipes de journalistes chevronnés, de joindre une entreprise qui croit en l’avenir des journaux et qui possède une philosophie éditoriale axée sur l’intérêt supérieur des communautés desservies et sur la qualité de l’information.

Au plan canadien, Transcontinental peut être considérée comme une nouvelle voix, un joueur émergent, dans l’industrie des médias. Par exemple, nos revenus en 1997 n’étaient que de 66 millions de dollars. L’acquisition des journaux de CanWest a donc contribué à renforcer la diversité et la pluralité au sein de l’industrie, et n’aurait pas été possible sans notre capacité financière.

À notre sens, la diversité et la multiplication des sources d’information, entre autres à l’heure d’Internet et de la prolifération de la télévision spécialisée, constituent les meilleures garanties au droit du public à une information libre et de qualité. Or, pour être significative dans le contexte présent de la mondialisation et de la constitution de grands ensembles intégrés de médias, cette diversité ne peut venir que de joueurs qui ont les moyens financiers de leurs ambitions et qui sont susceptibles, par leur présence, de faire contrepoids à ces grands empires médiatiques. En particulier par de nouveaux joueurs comme nous que je qualifierais de taille moyenne au sein de l’industrie des médias.

C’est cette position, rapidement esquissée par notre crédo et illustrée par l’acquisition de journaux de CanWest, que j’aimerais maintenant développer au cours des prochaines minutes.

La taille est une donnée relative

Première constatation : s’agissant d’entreprises canadiennes, la taille est une donnée tout à fait relative.

Par exemple, Transcontinental est le plus important éditeur de magazines destinés aux consommateurs au Canada, et le deuxième plus important éditeur de magazines, toutes catégories confondues, avec 22 % du marché. Nous sommes également le deuxième plus important éditeur de journaux locaux et régionaux au Canada. Soit dit en passant, nous sommes le seul éditeur au Canada à avoir pignon sur rue dans les dix provinces.

Transcontinental a donc des assises solides dans ses activités d’information et ses divers marchés. Cette taille, nécessaire au maintien de notre position concurrentielle et à notre développement, n’est pas négligeable à l’échelle canadienne mais est bien relative à l’échelle nord-américaine.

Par exemple, aucune entreprise canadienne ne figure au classement des dix plus grandes entreprises de presse au monde. En Amérique du Nord, Transcontinental est aussi un tout petit joueur parmi une armée de géants. Et un seul numéro du magazine People publie chaque semaine plus d’exemplaires que l’ensemble de tous les magazines canadiens réunis.

N’empêche que c’est avec ces joueurs imposants que nos magazines sont tous les jours en concurrence. Pour tirer son épingle du jeu, Transcontinental a choisi de se concentrer dans des créneaux. Cette stratégie n’est toutefois pas un rempart contre la concurrence. La dynamique du marché nous force constamment à abaisser nos coûts de production, à développer des effets de synergie entre nos publications, et à continuer à accroître notre offre et nos parts de marché. C’est un défi quotidien.

Nos magazines sont parmi les plus réputés au pays, et ce, dans les deux langues officielles : Canadian Living, Coup de pouce, Elle Canada, Elle Québec, Style at Home, Décormag, Homemakers, Madame, TV Guide, Le Bel Âge, pour ne nommer que ceux-là. Outre leur contribution générale à la diversité des nouvelles et de l’information, ces magazines permettent aux Canadiens et aux Canadiennes des deux langues d’avoir une perspective canadienne, vue par des Canadiens, sur l’ensemble des sujets qui les concernent et qui est si fondamentale à leur identité propre. Mais nos principaux concurrents, ce sont des magazines américains aux moyens et au pouvoir d’attraction beaucoup plus puissants que nous. À titre d’exemple, le magazine Cosmopolitan vend plus de 253 000 exemplaires par mois au Canada. Prevention a un tirage canadien de 184 000 exemplaires, Martha Stewart Living 165 000, Oprah 162 000, People 170 800, Teen People 126 400.

Dans ses remarques préliminaires, l’honorable présidente du Comité, en parlant de la qualité et de la diversité de l’information dont les Canadiens ont besoin, posait la question : « Y a-t-il des interventions politiques qui, sans contraindre la liberté de la presse, peuvent ou doivent être changés pour répondre aux besoins issus des nouvelles réalités ? »

Je répondrai sans détour que les coupures dans les programmes de soutien aux magazines et aux publications, annoncées par la ministre du Patrimoine canadien le 8 juillet dernier, s’avèrent regrettables à tout point de vue. Pour Transcontinental seule, cela représente une perte nette de plus de six millions de dollars en moins de 24 mois !

De façon générale, cette décision va entraîner des bouleversements profonds dans l’industrie du magazine au Canada et constitue, à mon sens, un changement non planifié de la politique culturelle du gouvernement canadien.

Face à la menace sans précédent de la culture américaine et de ses formidables moyens financiers, c’est d’une approche structurée qui nous permette de développer nos plans d’affaires à long terme dont nous avons besoin de la part du gouvernement canadien.

Un autre point est également à considérer : celui du prolongement numérique de nos activités traditionnelles. Si nous ne voulons pas que l’offre de contenu dans Internet soit dominée par des sites européens ou américains, nous devons continuer à mettre en place l’infrastructure technologique nécessaire à cette fin. Or, selon une étude réalisée par Forrester Research, un média traditionnel doit investir des centaines de milliers de dollars pour lancer un site ou un portail. Un tel investissement ne peut être réalisé que si les entreprises ont la taille, les profits et les ressources nécessaires.

Regroupement versus concentration excessive

Un constat s’impose donc : l’environnement économique dans lequel évolue Médias Transcontinental et les facteurs qui expliquent les nombreux mouvements de propriété au sein de l’industrie des médias, ici comme dans les autres sociétés, échappent non seulement à notre contrôle, mais également à celui des gouvernements.

Certains diront qu’une concentration excessive de la propriété des médias pourrait conduire à des manquements au plan de la qualité et de la diversité de l’information disponible pour le public. Cependant, nous croyons que les mouvements de propriété dans les médias n’ont pas atteint un degré de concentration excessif au Canada.

Notre conviction, c’est qu’un regroupement de moyens et de forces, tel que celui que représente un joueur émergent comme Médias Transcontinental, permet de maintenir une diversité significative, de continuellement hausser les standards de qualité, d’avoir accès à de meilleures ressources, de rendre disponible la formation continue, d’avoir accès à des technologies de pointe, et j’en passe. Bref, de nous doter d’outils et de moyens pour toujours mieux informer nos lecteurs tout en tirant notre épingle du jeu dans un contexte extrêmement concurrentiel.

Dans notre cas, donc, la propriété du média n’est pas un élément qui peut influencer l’opinion publique. Je dirais même plus : compte tenu de notre ligne de conduite et de la nature de nos journaux qui sont des outils d’information locale ou régionale, nous contribuons à faire entendre des voix qui, autrement, ne pourraient pas s’exprimer. En d’autres mots, nous contribuons à la pluralité des opinions sur le plan local.

Ajoutons que les ressources mises en commun nous permettent également de maintenir dans certaines communautés des journaux qui, s’ils avaient appartenu à un propriétaire unique, auraient dû fermer leurs portes. Or, ces médias sont souvent les seuls témoins de l’histoire d’un quartier, d’une municipalité ou d’une région.

Sens de la communauté

Cela me permet maintenant de parler d’une des pierres angulaires de notre philosophie d’édition, soit le sens de la communauté.

Notre philosophie générale est simple : ce qui est bon pour la communauté est bon pour le journal et bon pour Transcontinental. Nous sommes conscients du rôle que nous devons jouer dans la conservation du patrimoine culturel de ces collectivités. Nous en faisons même notre raison d’être.

Par exemple, le nombre de causes ou d’événements locaux qui reçoivent l’appui de nos journaux hebdomadaires est tout simplement phénoménal ! Tous les organismes communautaires comptent sur « leur » hebdo pour se faire connaître et faire connaître leurs engagements. Nous nous faisons un devoir de répondre à cet appel, au minimum en publiant le calendrier de leurs activités et, souvent, en nous joignant à eux à titre de commanditaires. Cela dit, sans compter la couverture journalistique dont ils font souvent l’objet.

Pas surprenant donc que nos éditeurs et plusieurs de leurs collaborateurs soient très actifs dans la communauté. Je tiens à mentionner que deux de nos éditeurs, Caroline Andrews, du Ottawa Business Journal, et Jean Touchette, du Progrès de Saint-Léonard, ont d’ailleurs chacun reçu la médaille du Jubilé de la Reine pour leur engagement dans leur communauté.

Grâce à la force de notre réseau, nous embrassons également des causes générales, en devenant même des partenaires de l’État. Par exemple, nous avons avons contribué, au Québec, à lancer le défi « J’arrête, j’y gagne » du programme de santé ACTI-MENU en offrant à ses promoteurs plus de cent mille dollars en espaces publicitaires gratuits. Ce programme, qui a remporté un grand succès, vise à encourager les gens à cesser de fumer.

En août dernier, lors des inondations qui ont touché la région des Bois-Francs, nos dirigeants des journaux La Nouvelle, L’Union et L’Avenir de l’érable ont pris l’initiative de lancer un appel à la population en créant un fonds d’aide en collaboration avec la Croix-Rouge. Ce fonds visait à faciliter le retour à la vie normale des familles et des personnes de la communauté touchées par les inondations. Nous avons recueilli 275 000 $, soit 75 000 $ de plus que l’objectif fixé au départ.

À Terre-Neuve, nous nous sommes joints encore une fois à la Croix-Rouge afin de venir en aide aux résidents de Badger, ce village emprisonné dans la glace le printemps dernier. Les deux quotidiens que nous publions sur l’île, dont le St. John’s Telegram, se sont alliés à d’autres organismes pour recueillir 1,6 million de dollars pour les sinistrés.

Je pourrais multiplier les exemples de partenariat similaires qui se sont produits, au cours des derniers mois seulement, dans nos autres journaux en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, à l’Île du Prince-Édouard, au Manitoba, en Saskatchewan, au Québec et en Ontario. Nous croyons qu’il ne faut pas altérer cette fibre communautaire de la presse locale que le regroupement de forces et de moyens nous permet d’entretenir, même dans l’univers très concurrentiel que nous avons décrit.

Soit dit en passant, Transcontinental a été reconnue, pour la deuxième année consécutive, comme l’une des entreprises les plus responsables socialement au Canada par Corporate Knights.

En guise de conclusion

Nous sommes d’avis qu’ici comme ailleurs, la consolidation et la formation de plus grands ensembles ne sont pas terminées. Dans ce contexte, Transcontinental entend poursuivre sa croissance et augmenter, dans la mesure de ses ressources, le nombre de ses publications et ses parts de marché.

Je mentionnais tout à l’heure que pour nous l’information de qualité est gage de rentabilité. Inversement, la taille d’une société, ses moyens, ses économies d’échelle et les profits générés constituent autant de facteurs à la source d’une information de qualité accessible au public. En tant qu’éditeur de magazines et de journaux, Transcontinental a atteint une masse critique qui lui permet de former une contrepartie valable vis-à-vis des grands groupes de presse avec qui nous sommes chaque jour en concurrence. Notre position concurrentielle ne doit pas être affaiblie par des contraintes réglementaires additionnelles.

D’autant plus que cette masse critique nécessaire au plan de l’offre de contenus et des revenus est également un rempart contre l’envahissement culturel étranger. À l’heure de la mondialisation, de l’Internet et de la standardisation des contenus, la taille de notre entreprise est une garantie supplémentaire que nous pourrons continuer à développer et diffuser des produits et des services culturels pour les Canadiens.

Comment s’assurer que les mouvements de propriété ne portent pas préjudice au droit du public a obtenir une information de qualité ? Nous sommes d’avis que le rôle de chien de garde du droit du public à une information de qualité ne doit pas revenir unilatéralement au gouvernement.

Il ne faudra pas confondre le droit du public à une information libre et de qualité, d’une part, et, d’autre part, le droit des entreprises à des transactions libres dans une économie de marché. Surtout, ce droit ne doit pas servir de prétexte au gouvernement pour s’ingérer de façon abusive dans les transactions légales entre deux entreprises seulement parce qu’elles appartiennent à l’industrie des médias. Il existe déjà un organisme qui étudie de près les mouvements d’entreprise dans l’ensemble de l’économie : il s’agit du Bureau de la concurrence. L’excès de réglementation reviendrait rapidement à jeter le bébé avec l’eau du bain, si vous me permettez l’expression.

-- -- --

En terminant, permettez que je résume notre position.

  • Nous sommes d’avis que le niveau actuel de concentration de la presse au pays n’a pas eu d’effets négatifs.
  • Le modèle de développement de Transcontinental s’appuie sur une croissance disciplinée respectant l’éthique journalistique. Notre histoire démontre que même sans réglementation, une entreprise de presse peut être consciente de ses responsabilités, et les assumer pleinement, dans tous ses marchés.
  • Les entreprises d’ici doivent avoir les ressources nécessaires pour atteindre la masse critique qui fera d’elles des concurrents solides à long terme, notamment à l’heure d’Internet.
  • Face à la menace sans précédent de la culture américaine et de ses formidables moyens financiers, c’est d’une approche structurée qui nous permette de développer nos plans d’affaires à long terme dont nous avons besoin de la part du gouvernement canadien.
  • Enfin, nous vous offrons notre participation à toute réflexion ultérieure sur l’industrie des médias au Canada.

Madame la présidente du Comité,
Mesdames et messieurs les sénateurs membres du Comité,
Mesdames et messieurs,
je vous remercie de votre attention.

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