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Monsieur le Chancelier de lUniversité
de Montréal
Monsieur le président du conseil dadministration
de HEC Montréal,
Monsieur Toulouse,
Membres du corps professoral et distingués invités,
Chers diplômés,
Mesdames et messieurs,
Sans détour, je veux dabord vous dire à
quel point je suis ému de recevoir un doctorat honoris
causa de HEC Montréal. Cet honneur constitue un grand
jour dans ma vie personnelle et professionnelle. Cest
pourquoi jai tenu à le partager avec les membres
de ma famille : Carmelle, ma compagne et conseillère
de toujours; mes filles Nathalie et Isabelle, ainsi que leurs
conjoints respectifs, Patrice et François; mon fils Pierre
et sa conjointe Caroline; ainsi que plusieurs de mes frères.
Je salue également tous mes collègues, mes partenaires
daffaires et mes amis qui ont accepté de se joindre
à nous aujourdhui.
Je tenais à partager lhonneur qui mest fait
aujourdhui avec vous, Carmelle, Nathalie, Isabelle et
Pierre, parce que la famille immédiate est, à
mes yeux, la base de tout engagement personnel et professionnel.
Vous mavez fourni léquilibre de vie nécessaire
à la réalisation de mes objectifs de carrière
et, surtout, de mes rêves. Un merci tout particulier à
Carmelle qui, par son appui inconditionnel, ma permis
de relever tous les défis et dexploiter au maximum
tous mes talents sans autre souci que de réussir.
Je suis également reconnaissant à lendroit
de HEC Montréal davoir pensé à moi
pour ce grand honneur. Jamais cette possibilité ne mavait
effleuré lesprit et en ce moment, devant vous,
jen mesure la pleine portée. Je mempresse
toutefois dajouter que je ne vois pas cette reconnaissance
comme un signe de fin de carrière, mais plutôt
comme un encouragement à continuer à me dépasser
au moins au cours des dix prochaines années !
Lhonneur qui mest fait aujourdhui me touche
dautant plus quil provient dune institution
à laquelle je suis très attaché, tant
sur le plan personnel que comme chef dentreprise.
Je suis attaché à HEC Montréal parce
que je lui dois beaucoup. Comme diplômé de cette
institution à la fin des années soixante, je
peux témoigner de la qualité et de la pertinence
de la formation que jy ai reçue et qui ma
été si utile dans ma carrière de gestionnaire.
Ma fille Nathalie, ma bru Caroline et mon gendre Patrice en
sont également diplômés et, comme moi,
fiers de lêtre.
À cet attachement personnel et familial sajoute
celui de Transcontinental que jai fondée en 1976
et que jai le plaisir de diriger depuis. Comme entreprise,
nous avons bénéficié directement de lexcellent
travail de HEC Montréal en embauchant beaucoup de ses
finissants, et nous ne sommes pas les seuls. Cette institution
a joué un rôle fondamental dans le développement
économique du Québec contemporain en fournissant
aux entreprises le type de gestionnaire qui leur a permis
de sillustrer ici ou ailleurs dans le monde, et ce,
quels que soient leur secteur dactivité ou leur
taille.
Voilà un bel exemple de complémentarité
entre le milieu des affaires et le monde universitaire qui,
plus que jamais, doivent sépauler si nous voulons
continuer à prospérer et à créer
de la richesse comme société.
Chers diplômés, il y a exactement 35 ans, je
me retrouvais, comme vous aujourdhui, à la collation
des grades de ma promotion. Comme vous aussi, jétais
probablement un peu nerveux, un peu intimidé même
devant le décorum, mais très fier davoir
réussi mes études et impatient de réussir.
Quels étaient alors mes projets ? Tout simplement avoir
un apport important au développement dune grande
entreprise et, évidemment, subvenir aux besoins de
ma famille.
La fondation de Transcontinental ne faisait donc pas partie
de mon plan de carrière initial. En fait, jai
plutôt entamé ma carrière au sein dune
entreprise concurrente. À la fin de mon stage en 1968
dans un grand bureau de comptables, jai en effet accepté
un poste de contrôleur chez Quebecor. Monsieur Péladeau,
un grand bâtisseur, avait la conviction que les francophones
avaient le talent pour bâtir de grandes entreprises.
Cela a été une source de motivation pour moi
parce que je partageais cette conviction.
Avec beaucoup deffort et de travail, jai gravi
très rapidement tous les échelons de lentreprise
jusquà devenir le bras droit de monsieur Péladeau.
Jai appris que rien ne pouvait remplacer leffort
et le travail soutenus, pas même le talent. Mais entretemps,
un rêve se faisait de plus en plus pressant en moi :
celui de fonder ma propre entreprise.
Quest-ce qui ma amené à fonder
Transcontinental en 1976 ? Jai envie de répondre :
lhérédité.
En tant que Beauceron dorigine, javais sûrement
de la fibre dentrepreneur en moi. Avec la distance et
le temps, jai compris que la Beauce est beaucoup plus
quun lieu géographique. Cest un état
desprit, une volonté farouche de montrer quon
peut réaliser des projets et faire des affaires. Ajoutez
à cela une absence totale de complexe et le portrait
est complet. Très jeune, on baigne dans cette atmosphère
qui nous façonne à notre insu. À travers
moi, cest à cette grande famille entrepreneuriale
que vous rendez hommage aujourdhui.
Mes origines mont appris trois vérités
: un, la terre ne produit que si on lui accorde une attention
constante; deux, toute uvre digne de ce nom exige de
la patience; trois, dans toutes nos entreprises, il faut rester
modeste, notre seule ambition devant être de laisser
la patrimoine que lon nous avait confié dans
un meilleur état que celui dans lequel on la
pris.
Plusieurs Beaucerons se sont illustrés dans les affaires
dès le début du 20e siècle et le phénomène
sest amplifié jusquà aujourdhui.
Je ne vais pas les énumérer de peur den
oublier mais je veux simplement souligner que la présence
de ces modèles dautrefois et daujourdhui
a été importante pour moi.
Le premier modèle que jai côtoyé,
cest mon père, Ulric Marcoux, qui est décédé
à l'âge de 39 ans. Il avait vendu la ferme familiale,
en 1945, pour ouvrir un magasin général à
Saint-Elzéar. Ce magasin a eu beaucoup de succès.
Mon père s'est dédié à cette tâche
et il a mobilisé toute la famille. Les valeurs qu'il
m'a transmises, dès mon jeune âge, nont
jamais cessé de minspirer et font maintenant
partie de la culture dentreprise de Transcontinental
: entre autres, la transparence; la simplicité; le
respect des autres; la solidarité avec nos partenaires
et les communautés; la satisfaction du client; limportance
de la communication; et, par-dessus tout, la passion du travail
bien fait. Quand un client appelait à la maison pour
savoir à quelle heure le magasin ouvrait, on devait
répondre : « À quelle heure
voulez-vous passer ? »
Nous avons tous des rêves. Parfois il y en a un plus
fort que les autres et qui demeure constamment présent
à lesprit. Durant mes dernières années
chez Quebecor, je rêvais de plus en plus de fonder une
entreprise calquée sur mes valeurs et qui aurait une
longue durée de vie. Je nai aucun doute que cette
hérédité régionale et familiale
a nourri ce grand rêve.
Loccasion sest présentée quand les
créanciers dune imprimerie de Saint-Laurent,
en faillite technique à la suite du décès
de son propriétaire, se sont mis à la recherche
dun acheteur. Jai fait une offre en compagnie
de deux associés, Claude Dubois et André Kingsley,
et elle a été acceptée. Ce petit atelier
dune trentaine de personnes a été lorigine
de ce quest devenue aujourdhui Transcontinental.
Quelles leçons est-ce que je tire de mes 27 années
à la tête de Transcontinental ? Je vous
confie les plus importantes.
La première grande leçon, cest limportance
primordiale du travail déquipe. Méfiez-vous
des dirigeants qui se prétendent les seuls responsables
de la réussite de leur entreprise. Cest le travail
déquipe et la qualité des collaborateurs
dont on sentoure qui en sont les raisons premières.
Cela a été le cas dès le début
chez Transcontinental avec mes deux associés. Dailleurs,
le travail déquipe est au cur de notre
projet daffaires Horizon 2005 qui vise à adapter
à lenvironnement économique du 21e siècle
nos valeurs et nos pratiques qui ont fait le succès
de Transcontinental depuis ses débuts.
Le travail déquipe implique un type de leadership
correspondant. Doris Lussier aimait bien dire que les patrons
« délèguent toute lautorité,
rejettent tous les blâmes et sapproprient tout
le crédit ». Pour ma part, je préfère
de beaucoup la métaphore du miroir et de la fenêtre
: un chef dentreprise doit se regarder dans le miroir
à la suite dune mauvaise décision et,
dans le cas dun bon coup, regarder par la fenêtre
pour en identifier les responsables. Et non linverse
!
Le travail déquipe implique le respect des autres.
À mes yeux, peu importe où lon se situe
socialement, le respect de lindividu est une valeur
primordiale. Dans le monde du travail, ceux et celles qui
mettent leur cur à la réussite dune
entreprise méritent notre respect, peu importe leur
rang hiérarchique.
Une autre leçon que jai apprise très tôt,
cest que la performance d'une entreprise passe par la
capacité et la volonté de ses dirigeants d'être
présents sur le terrain. On parle beaucoup de la vision
que les chefs d'entreprise doivent développer. Or,
une vision passe par l'habileté de voir et de sentir
ce qui se passe autour de nous. Rien n'est plus dangereux
que de se fier à une série de chiffres pour
prendre une décision. Il faut plutôt entretenir
des contacts directs avec les gens de tous les niveaux de
l'organisation, avec les clients et avec les fournisseurs.
Jencourage tous les dirigeants de Transcontinental à
en faire autant.
Le regretté président de Chrysler Canada, Yves
Landry, avait une expression que j'aime bien. Il parlait de
« management by walking around ». Pour
lui, gérer efficacement voulait dire aller rencontrer
ses employés, ses fournisseurs et ses clients dans
leurs murs, et ce, au moins une fois par trimestre.
Par ailleurs, la présence directe sur le terrain est
inséparable de lattention aux détails.
Jai gardé la conviction quon ne gère
pas une entreprise à partir de données « macro »
mais en digérant tous les détails de son fonctionnement.
On raconte que Sam Steinberg pouvait, pendant une heure, discuter
de la stratégie à long terme de son entreprise
et, dans lheure suivante, soccuper par le menu
détail de la méthode de distribution des framboises
dans ses supermarchés.
Troisième grande leçon : il faut apprendre
à se fier à son intuition. Même si cette
affirmation peut paraître poétique en cette ère
de haute technologie et de prises de décision « informatisées »,
je maintiens quau départ il faut de lintuition
: pour identifier une tendance, pour trouver un produit et
choisir le créneau quon veut occuper. Et jajouterais
: être curieux, être créatif, innover de
toutes les façons possibles. Personne na réussi
en faisant comme les autres. Il faut oser. On peut faire des
erreurs en cours de route, et croyez-moi, jen ai fait
de nombreuses et des coûteuses. Limportant, cest
dapprendre de ses erreurs et de ne pas faire la même
deux fois.
Autre grande leçon, en cette époque de mondialisation,
que ma enseigné mon expérience daffaires
des 35 dernières années : il faut être
bon chez soi avant daller se mesurer aux autres sur
leur terrain. On ne se sauve pas sur les marchés étrangers.
Contrairement à ladage populaire, il faut, en
affaires, être prophète dans son pays avant daller
sur la scène internationale.
Enfin, la plus importante leçon de toutes : « Hors
du client, point de salut ! » La raison dêtre
dune entreprise, cest le client, ses besoins actuels
et ses besoins futurs. Chez Transcontinental, nous en avons
fait notre premier principe directeur et nous avons construit
notre modèle daffaires là-dessus. Le corollaire
indissociable, cest que pour bien servir ses clients,
il faut des employés motivés, formés
et heureux.
Et au-delà de tout, il faut avoir du plaisir. Plaisir
de travailler en équipe, plaisir de vaincre des obstacles,
plaisir de réussir, plaisir de partager. Je nai
jamais pu imaginer comment on peut aller au travail à
reculons le matin !
Jaimerais terminer en vous disant quelques mots sur
le rôle du chef de la direction dune entreprise.
Warren Buffett, linvestisseur américain dont
lintégrité et lhonnêteté
sont devenues des avantages concurrentiels importants, répète
chaque année à ses dirigeants le même
message :
« Nous avons les moyens de perdre de largent
même beaucoup dargent. Mais nous navons
pas les moyens de perdre notre réputation, même
une parcelle de réputation. »
Je suis parfaitement daccord. Bâtir une réputation
prend des années mais la perdre ne prend quune
journée. En affaires, tout est question de confiance
et la confiance est basée sur une seule chose : notre
réputation. Les décisions dinvestissement,
entre autres, reposent de plus en plus sur la réputation
dintégrité et dhonnêteté
des entreprises. Il sagit là dune tendance
majeure qui concilie la recherche de dividendes et le comportement
responsable des entreprises, que ce soit en matière
denvironnement, de régie dentreprise ou
de ressources humaines.
Dans ce contexte, le chef de la direction est le protecteur
et le promoteur de lintégrité de lentreprise,
à linterne comme sur la place publique ou auprès
des investisseurs. Il sert de point de repère à
ses collaborateurs immédiats et à lensemble
des employés, notamment quant aux valeurs de lentreprise.
Comme dirigeant, nous avons besoin de nous rappeler doù
nous venons, ainsi que les communautés où nos
employés vivent et travaillent tous les jours.
Nous avons également besoin de nous rappeler, et de
rappeler autour de nous, que la personnalité et la
conscience dune entreprise sont aussi importantes que
sa performance.
Léthique en affaires, cest donc un tas
de petites choses qui ont comme dénominateur commun
de prendre en considération les conséquences
de nos actes sur les autres et les attentes à notre
endroit de la part de nos partenaires. Les universités
qui forment nos futurs gestionnaires doivent montrer limportance
de léthique en affaires. Loin dêtre
enseignée comme une contrainte, elle doit être
perçue comme un avantage concurrentiel pour nos entreprises.
Chers diplômés, vous arrivez sur le marché
du travail au moment où les entreprises font face à
de formidables défis de gestion. Notre nouvelle génération
dentrepreneurs a besoin de vous. Vous remplirez le même
rôle que la première génération
de gestionnaires a remplie auprès des entrepreneurs
de Québec inc. dont je fais partie. Vous poursuivrez
ainsi la tradition dentraide et de complémentarité
entre nos écoles et facultés dadministration,
avec au premier rang HEC Montréal, et les entreprises
dici.
Je vous souhaite le plus grand succès dans votre carrière
et votre vie personnelle.
Je vous remercie de votre attention.
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